Associate Professor P. VEERAPEN, Doyen de la Faculté des Sciences Sociales et Humaines




Le deuxième ouvrage publié par le Groupe de Recherche en Francophonie et bâti autour d’un corpus relativement restreint (six textes au total, communications littéraires, linguistiques et didactiques, discours d’ouverture), donne une dimension réelle de la francophonie mauricienne et vient souligner l’importance de la recherche en sciences sociales et humaines.

Les communications ont été soumises à un Comité Scientifique comprenant le Professeur Christian Robin (Université de Nantes), le Professeur Eileen Lohka (Université de Calgary), le Professeur Daniel Véronique (Université de Paris 3, Sorbonne-Nouvelle) et Mme Claudine Bavoux (Université de la Réunion). Je voudrais témoigner ma gratitude à ces contributeurs.


Dans sa communication, S. Boolell fait un survol du conte mauricien en langue française. Elle a choisi de rappeler «la contribution trop souvent oubliée des conteurs du terroir». Dans un corpus qui regroupe une dizaine de contes du dix-neuvième et du vingtième siècles, S. Boolell retrace la genèse du conte et fait comprendre comment les conteurs mauriciens évoquent l’exotisme et l’interculturalité d’une façon originale à la mauricienne, tout en s’inspirant, quand le besoin se fait sentir, des sources venant d’Afrique, d’Inde et d’Europe. Le passage de l’écriture de mimétisme à l’écriture mauricianisée est une caractéristique de ce genre littéraire : « [il] appartient au conteur mauricien d’avoir une conscience politique des mythes des montagnes, des rochers ou des arbres qui sont venus d’ailleurs mais enrichis par le pluriculturalisme mauricien. »


A. Carpooran définit ainsi son sujet de réflexion: «[y] a-t-il, au sens linguistique et sociolinguistique du terme, des éléments qui permettent de valider l’existence d’un (ou de plusieurs) français mauricien(s)?» Par une analyse méticuleuse de la toponymie, il arrive à la conclusion que «c’est à une définition dynamique de la langue qu’on a affaire». Son étude du lexique de l’enseignement lui permet de constater l’influence du créole, même si cette langue est «une langue stigmatisée» alors que le français est «une langue de prestige». Il nous apprend aussi que le champ lexical de la cuisine témoigne d’une prévalence de termes de diverses origines : européen, malgache, hindoustani, tamoul, chinois. Pour A. Carpooran, « il ne saurait être question ici de français ‘marginal’ ou ‘régional’ et encore moins ‘appauvri’. »


C’est le roman d’Ananda Devi,  L’Arbre fouet  que nous invite à découvrir D. Tranquille. Deux notions-clés, à savoir, l’intertextualité et l’épigraphe ont été appréhendées. Dans son étude, Danielle Tranquille fait un va-et-vient incessant entre la pensée et la poésie de T. S. Eliot et la pensée et l’écriture d’Ananda Devi. Au terme de son analyse, elle constate qu‘elle arrive à «toucher aux limites de l’intertextualité». Cette communication fort intéressante sur l’intertextualité se conclut ainsi : «{contradiction/coupure-renvoi/continuité. Il nous faut bien admettre que nous sommes face à ce que constitue l’essence de l’intertextualité, c’est-à-dire ce dialogue, cette nature polyphonique qui traverse le texte quand il est porteur d’éléments empruntés, prélevés à d’autres textes-ici sous forme d’épigraphes. »


Quant à Vina D. Ballgobin, elle aborde un sujet d’actualité brûlante à l’Ile Maurice : les enjeux et les contraintes par rapport aux manuels scolaires en contexte plurilingue. Elle survole différents aspects du sujet: contraintes financières, conception, contrôle de qualité, l’édition, la diffusion et le choix des manuels. La conclusion qu’elle en tire, c’est qu’ « [à] ce jour, il est étonnant de constater que si peu d’enseignants des pays développés soient centrés sur l’apprenant ». Ensuite, elle déplore le fait que « dans un monde où les savoirs évoluent à toute vitesse, il paraît évident que la technologie ne fera pas une percée spectaculaire par le I-Manuel pour soutenir les efforts d’alphabétisation et de lutte contre l’illettrisme»

Cet ouvrage s’adresse plus spécifiquement aux étudiants et aux enseignants. Il va de soi que l’ensemble des communications apporte un développement très enrichissant sur des thèmes d’importance dans les domaines littéraire, linguistique et didactique.Par ailleurs, les Technologies de l’Information et de la Communication prennent de l’essor dans le monde et dans les pays de la francophonie en particulier depuis quelques années déjâ. De là, émane le thème de la Journée d’activités 2005 du Groupe de Recherche en Francophonie.