Les manuels scolaires dans l’enseignement en milieu plurilingue: Etude de cas dans les pays francophones


D. Ballgobin




Introduction

Depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, différents groupes humains se sont déplacés volontairement ou involontairement pour des raisons diverses; leur installation dans un autre endroit pouvant être définitive ou temporaire. Certains mouvements migratoires sont intentionnels et relèvent généralement de manoeuvres politiques telles que la colonisation, la lente infiltration ou l’invasion d’un pays. Avec l’ère de l’industrialisation et de la haute technologie, ce sont des raisons économiques qui poussent les populations vers l’exode rural ou l’immigration.


Quelquefois, la migration est forcée par des décisions politico-militaires comme la persécution des civils, les modifications frontalières, le déplacement d’une main d’oeuvre contrainte (esclavage). De plus, le chômage et la pauvreté forcent les chefs de famille à chercher du travail hors de leur pays (de l’ « engagisme » aux appels d’offres internationaux).


Selon les ethnologues, tout homme acquiert des connaissances générales, pratiques, esotériques, esthétiques et artistiques de la société dont il fait partie. Dès qu’il y a co-existence avec des semblables, l’homme hérite de leurs spécificités langagières et culturelles propres. Outre les rites, traditions, coutumes et modes de vie, la langue maternelle est souvent utilisée pour revendiquer son appartenance à un groupe social donné.



Grâce aux mouvements de migration et aux rencontres socio-économiques, les communautés linguistiques s’ouvrent de plus en plus vers le monde extérieur et adoptent parfois d’autres langues dans des contextes de communication spécifiques, engendrant dès lors des groupes multilingues.


Au niveau international, la mondialisation pousse les Etats à démocratiser de plus en plus l’éducation et à donner des chances égales à leur population pour accéder au savoir-lire, savoir-écrire et savoir-compter. Dans le monde contemporain, le plurilinguisme est un atout puissant pour celui qui vise la réussite sociale. Aussi, la plupart des Etats intègrent l’enseignement de plusieurs langues dans leur système éducatif. Par ailleurs, la préservation des langues/cultures en danger ou en voie de disparition est considérée avec soin.



Quant aux acteurs de l’éducation, ils affirment que la gratuité du manuel scolaire et son utilisation effective en classe permettrait d’améliorer la performance des apprenants, de relever le taux d’inscription et de fréquentation scolaire dans tous les pays du monde. En effet, de nombreuses recherches menées par Heyneman, Farell et Sepulveda-Shiando; Lockheed, Vail et Fuller dans les années 80 démontrent l’existence d’un lien entre l’utilisation des manuels scolaires et la performance des apprenants à l’école.


Pour définir le terme “manuel scolaire”, nous reprenons la définition officielle donnée par le Ministère de l’Education de l’Ontario du Canada où le terme “manuel scolaire” “désigne une ressource d’apprentissage complète, imprimée ou électronique, ou un ensemble de ressources imprimées, électroniques ou non imprimées conçues pour appuyer une partie importante du curriculum … pour une année et une matière particulières au palier élémentaire ou un cours au palier secondaire, et destinées à être utilisées en classe par tous les élèves ou un groupe d’élèves.”1


En classe, il est possible d’employer des “ressources supplémentaires” imprimées, non-imprimées ou électroniques, regroupant des ouvrages de référence tels que dictionnaires (de langue, encyclopédiques, spécialisés, thématiques); atlas, encyclopédies, anthologies, abécédaires; ouvrages parascolaires (recueil/cahiers d’exercices, aide-mémoire, annales, spécial bac, guides méthodologiques); ouvrages d’approfondissement; outils pédagogiques et matériels didactiques (logiciels et guides d’utilisation, livres de bibliothèque) et guides de l’enseignant.


Malgré l’avènement des progrès technologiques et informatiques, le support écrit traditionnel demeure très prisé de manière générale, et dans les classes de langues, en particulier. Par conséquent, les outils pédagogiques essentiels du monde éducatif sont des supports imprimés comme les manuels scolaires, les ouvrages spécialisés et les ouvrages de référence.


Chaque pays définit sa propre politique pour l’élaboration des manuels scolaires. Une compétition saine est encouragée entre les secteurs publics et privés pour maintenir la qualité des ouvrages. En outre, des lois internationales existent pour protéger les droits d’auteur.



Pourtant, la situation du manuel scolaire se détériore de 1970 à 1980 sur le plan international à cause d’une conjoncture économique difficile. Puis, dans la plupart des pays, les ressources humaines sont inadéquates et peu ou pas qualifiées, affectant par là-même, la conception, la qualité, l’édition, la diffusion et l’usage effectif des manuels scolaires en milieu institutionnel.


Dans cette étude, nous nous pencherons sur l’état des manuels scolaires sur le plan international dans des pays francophones. Parmi les pays développés qui tendent vers l’excellence en éducation, nous considérerons trois cas: la Belgique2, le Canada3 et la France4. Pour les pays en voie de développement, nous nous appuyerons essentiellement sur les pays francophones du continent africain.


  1. La place du manuel scolaire dans les pays plurilingues

      1.1 Pays développés

Les pays développés sont réputés pour leurs avancements dans le domaine de l’éducation et leur souci constant d’améliorer leur système éducatif. La politique du livre garantit l’accès aux manuels scolaires de qualité à tous les apprenants.



Des chercheurs au niveau international multiplient les travaux sur les manuels scolaires. Ce type de recherche appartient au domaine pluridisciplinaire comprenant des champs d’études variés tels que l’histoire (éducation et imprimerie), la linguistique appliquée, la pédagogie, la didactique, l’esthétique, l’économie du marché et l’interculturalité.


Selon Alain Choppin, une meilleure connaissance de l’Histoire du manuel scolaire5 est indispensable pour améliorer encore plus cet outil pédagogique et son corrélat, les méthodes d’enseignement.


Les Etats accordent beaucoup d’importance à la production des manuels pour usage en milieu endogène et exogène (Français Langue Première, Français Langue Seconde, Français Langue Etrangère). Plusieurs plans ont vu le jour pour exposer les enfants aux livres, et ce, dès leur petite enfance, afin qu’ils développent le plaisir d’écouter, de regarder et de toucher des livres.


Plusieurs provinces du Canada définissent avec beaucoup de rigueur leur politique sur les manuels scolaires. Ainsi, depuis 1998-1999, l’Ontario s’est fixé des normes d’éducation élevées et a investi 170 millions de dollars pour le développement d’un matériel éducatif de qualité. En 2000, la Ministre de l’Education, Jane Ecker, a accordé un financement de 30 millions de dollars aux conseils scolaires en plus de la dotation annuelle habituelle6 de la province pour les manuels, matériel d’apprentissage, fournitures et équipement. De nouveaux manuels en langue française et anglaise ont été conçus et évalués pour satisfaire aux exigences du nouveau curriculum.


Quant à la France, il existe plusieurs types d’aides de l’Etat pour garantir l’accès aux manuels scolaires à toute la population scolarisée. Lors de chaque rentrée scolaire, les établissements fournissent au moins deux manuels neufs par élève. Au niveau primaire, le financement des manuels scolaires est assuré par les communes7. Ces dernières consacrent 20% de leur budget annuel “fournitures scolaires” à l’achat des manuels. Au niveau des collèges, les manuels scolaires sont gratuits depuis la réforme Haby en 1977, suite à la décision de l’Etat8 d’étendre la gratuité de l’éducation jusqu’à l’âge de 16 ans9. Par conséquent, le budget pour l’achat des manuels augmente massivement, d’environ 15% sur une décennie (en 1998, cette somme s’élevait à 30,5 millions de francs).


Pour la Belgique, particulièrement la communauté Wallonie-Bruxelles, le Conseil du livre déclare, en 2002, que le budget de l’Etat attribué à l’item livre est de 14 672 000 euros, somme démontrant de façon patente l’absence d’une politique concertée et intégrée du livre et de la lecture. De plus, les crédits budgétaires alloués au secteur de l’édition et de l’équipement des écoles en manuels scolaires sont insuffisants. Tandis que la Flandre octroie 44 621 000 euros aux écoles, la Wallonie-Bruxelles leur alloue uniquement 9 916 000 euros.



En 2004, malgré la bonne volonté des ministres, les pouvoirs publics tardent à attribuer les financements indispensables pour l’utilisation des manuels scolaires comme supports pédagogiques structurés en milieu institutionnel. Pourtant, une enquête européenne (étude PISA) démontre que la communauté francophone de Belgique affiche les résultats scolaires les plus faibles de l’OCDE.


    1.2 Pays en voie de développement

Dans les pays en voie de développement, le manuel scolaire est incontournable dans le paysage éducatif. C’est une aide pédagogique pour l’enseignant qui a un niveau académique ou linguistique insuffisant. Quand il n’y a pas assez d’enseignants, le manuel scolaire sert parfois de substitut et pallie à cette absence. Dans beaucoup de pays, le manuel scolaire est une référence, étant la seule source de connaissance académique pour les enseignants et la population estudiantine.


Beaucoup de pays membres de l’ADEA (Association pour le Développement de l’Education en Afrique) visent l’accès à l’Education Pour Tous (EPT) vers 2015. Plurilingues et pluriculturels, ceux-ci ont le souci de maintenir un certain équilibre socio-politique tout en améliorant la politique linguistique et éducative du pays. Leur objectif consiste à développer les langues maternelles mais aussi la connaissance des langues internationales telles que le français. Les manuels scolaires sont de prime importance dans ce cadre.


Depuis quelques années, les pays membres s’engagent à améliorer les systèmes éducatifs et les politiques scolaires pour accroître le taux de scolarisation et de réussite scolaire. Parmi les mesures évoquées, il s’agit de créer les conditions scolaires appropriées, de former des enseignants compétents10, de bien préparer les enfants pendant leur pré-scolarisation, d’évaluer régulièrement les apprenants, d’assurer leur suivi et de mettre en place une politique du livre sur le plan régional afin de faciliter l’accès des apprenants au matériel éducatif (un livre par élève)11.



Devant l’urgence de démocratiser l’accès aux manuels scolaires, le Groupe de travail sur les livres12 se réunit à Maputo du 9 au 11 décembre 1997. Des études de cas sont présentées afin de découvrir les pratiques de divers pays. D’une part, il s’agit de tenir compte des causes des expériences néfastes et, d’autre part, de considérer les aspects généralisables ou adaptables dans d’autres pays membres. Le partage des expériences permet de s’entraider de manière efficace pour trouver des solutions rentables, durables et équitables.



Pour les pays en voie de développement (Afrique, Amérique Latine, Asie), l’éducation pour toute la population passe obligatoirement par la prise en charge, par l’Etat, du coût des manuels - de leur conception à leur distribution en milieu scolaire -. Malheureusement, ces tentatives demeurent le plus souvent impraticables et inefficaces.



Dans plusieurs pays, des organismes internationaux et la société civile se mobilisent pour seconder le projet de l’Etat et progresser dans ce secteur. Ainsi, en 1994, le budget global du Mali13 pour l’enseignement fondamental s’élève à 24 milliards de francs CFA réparti de la sorte – Etat : 52,5%; familles et communautés : 15,9%; sources externes (prêts remboursables) : 9,6%; subventions : 15,8%.




Entre 1990 et 1998, le budget global de Madagascar14 pour l’enseignement primaire et secondaire s’élève à 196 milliards de francs malgaches ainsi distribué – Etat : 51,8%; familles : 27,2%; sources externes (prêts remboursables) : 4,1%; subventions : 7%.



  1. Conception des manuels scolaires

Dans les pays plurilingues et pluriculturels, c’est la politique linguistique de l’Etat qui détermine le choix du médium d’enseignement et, par la même occasion, de la langue de diffusion des savoirs dans les manuels scolaires.



2.1. Pays développés

Dans les pays développés, le médium d’enseignement est généralement la langue de la majorité. Toutefois, certains pays accueillant régulièrement des émigrés, comme le Canada et la France, développent des écoles bilingues et des classes d’immersion.



Dans les pays développés, ce sont les éditeurs qui recherchent et recrutent des auteurs. Ces derniers appartiennent le plus souvent au monde de l’éducation, entre autres, des enseignants ayant une excellente connaissance disciplinaire, des inspecteurs et conseillers pédagogiques.



Avec les avancées de la recherche en éducation, il existe de moins en moins d’auteurs libres. Ces derniers préfèrent collaborer étroitement avec une équipe scientifique comprenant des spécialistes dans ce domaine (curriculum, évaluation,…). Dans un certain nombre de cas comme au Québec, les éditeurs recrutent un personnel spécialisé qui connaît bien les programmes d’enseignement et est familier avec les critères d’évaluation de l’Etat. De manière générale, quand un manuel a beaucoup de succès et est très apprécié des enseignants, une relation de confiance s’instaure entre l’auteur et son éditeur. Ce premier est alors sollicité pour produire d’autres ouvrages.



Malgré l’avènement des moyens modernes d’information et de communication15, les pays développés utilisent toujours les manuels scolaires imprimés (“manuel papier”). Il s’avère que le I-m@nuel (manuel électronique) est encore peu fabriqué et vendu. C’est un outil pédagogique qui requiert une construction sans faille sur le plan didactique et pédagogique et qui fait appel à une main d’oeuvre spécialisée ; par conséquent, le prix de fabrication et de vente est très élevé. Ce coût décourage les utilisateurs et freine l’expansion du marché. Il est évident que l’accès aux outils électroniques restera pendant longtemps l’apanage unique des pays développés.


Par ailleurs, sur le plan strictement pédagogique, leur complémentarité en milieu scolaire reste à clarifier. Centré sur l’apprenant, prônant l’individualisation et une interactivité entre apprenant/s et enseignant, le I-m@nuel peut-il garantir une meilleure qualité de l’enseignement/apprentissage si les acteurs principaux (enseignants, parents, apprenants) ne sont pas formés pour l’accueillir?


2.2. Pays en voie de développement

En ce qui concerne les anciennes colonies, le médium d’enseignement est la plupart du temps une langue coloniale. Mais depuis les années 80, il existe des expériences sur l’éducation bilingue: en Tanzanie16 avec le swahili,





au Nigéria17 du nord avec le haoussa, au Rwanda18 avec le runuyarwanda, au Burundi19 avec le kirundi. Le Sénégal20 utilise 6 langues locales et le Zaïre21, 4 langues (lingala, kikongo, tchilouba, kisouahéli) au niveau primaire à titre expérimental.


Bien entendu, la fabrication des manuels scolaires dans les langues maternelles dépend d’un travail préalable des linguistes. Ces derniers doivent décrire et étudier chaque langue maternelle avant qu’elle ne puisse devenir opérationnelle dans un contexte scolaire.


Selon Jacques Champion, “l’utilisation des langues maternelles comme véhicule et objet d’enseignement … suppose un énorme effort scientifique de délimitation, de fixation, de description de ces langues pour la plupart encore seulement orales, et surtout un choix politique auquel soient associées les masses.”22


L’expérience-pilote en yoruba et anglais au Nigéria pendant les deux premières années du primaire est bien planifiée et évaluée en 1973-1974. Les manuels sont modifiés pour mieux servir les apprenants et enseignants.



Pour faciliter le développement du matériel scolaire, certains pays tels que le Niger23 associent les linguistes-africanistes et les futurs-maîtres pour décrire, transcrire et orthographier les langues maternelles avant la fabrication des manuels scolaires. Outre la participation active de la communauté dans cette démarche, la conception du manuel devient moins onéreuse. Le Togo24, la Côte d’Ivoire25 et le Cameroun26 ont recours à des systèmes similaires.



D’autres projets trop ambitieux sont irréalisables. Au Zaïre, “par suite de la difficulté d’établir des programmes et des manuels, faute de papier et de crédit: sans parler du recyclage des maîtres sous-qualifiés à vocation rurale … trop coûteux”27, il faut mettre un terme à ce type d’expérimentation.



Malheureusement, la plupart des pays en voie de développement sont tributaires des soutiens extérieurs à la fois sur le plan financier et humain (expertise dans le domaine académique, pédagogique, didactique). Ainsi, pour faire fonctionner le système, certains auteurs sans aucune forme d’expertise ou de formation dans le domaine sont parfois commandités par l’Etat pour écrire des manuels scolaires dans un cadre institutionnnel précis. L’on procède par “essais et erreurs” et les ouvrages sont rarement renouvelés ou améliorés faute de crédits.



Dans un certain nombre de pays totalitaires, il existe des pressions politiques très fortes sur les auteurs. Par conséquent, ils ne sont pas libres du choix du contenu et des illustrations figurant dans les manuels scolaires.


3. Contrôle de qualité des manuels scolaires

3.1. Pays développés

A cause de la compétition sur le marché du livre et des exigences institutionnelles sur le plan pédagogique, les Etats des pays développés mettent en place un système de contrôle de qualité du manuel scolaire avant même que ce dernier n’apparaisse sur le marché. Des vérifications complexes portent sur la qualité du contenu sur le plan:


Au Canada, le Ministère de l’Education du Québec (MEQ) met en place un système de contrôle de qualité rigoureux dès 1979 et se dote de structures appropriées pour tester le matériel scolaire. Après la fabrication d’un manuel, l’éditeur est contraint de le soumettre à un chercheur reconnu dans le domaine pour évaluation. Si ce dernier estime que l’ouvrage est conçu dans le respect strict des critères d’évaluation, il fournit un certificat d’exactitude scientifique à l’éditeur.


Le produit fini, accompagné du dit document, est alors déposé au Bureau d’Approbation du Matériel Didactique (BAMD) pour une deuxième évaluation. A ce jour, les retombées sont positives: les manuels gagnent de plus en plus en qualité sur le plan académique, éducatif et esthétique28.




Seulement 10% des manuels sont rejetés. Tout manuel scolaire approuvé par le biais d’une évaluation provinciale est inscrit sur “la Liste Trillium” – liste officielle de l’Etat - pour une durée de 5 ans, renouvelable une fois pour 3 ans. Le manuel est retiré définitivement du milieu scolaire 2 ans suivant la date du retrait.




3.2. Pays en voie de développement

Dans les pays en voie de développement, la qualité des manuels scolaires est souvent décriée. La plupart des manuels ne sont jamais évalués par des experts par manque de ressources financières et humaines; les intellectuels quittant leur pays faute de trouver du travail ou des structures d’accueil où ils pourraient mieux s’épanouir sur le plan professionnel.



L’ADEA préconise de développerla culture de la qualité” et une vision partagée de l’enseignement/apprentissage à travers trois axes de travail:


4. Edition des manuels scolaires

Dans plus de 2 pays sur 3, les Etats contrôlent l’édition des manuels scolaires pour des raisons politiques ou économiques. Cependant, un contrôle des organismes par l’Etat permet une compétition plus juste entre institutions et/ou auteurs libres29.



4.1. Pays développés

De manière générale, pour diminuer les coûts, les éditeurs produisent les manuels sur une grande échelle. Alors, ils ne font pas beaucoup de ré-impressions et, donc, d’actualisation du contenu. Il est vrai que la production de masse diminue le coût par unité, mais ce système peut difficilement garantir la qualité des manuels scolaires dans le long terme.



D’après Philippe Selke, Président de l’Association des éditeurs scolaires en Belgique, il est possible de faire disparaître le manuel du paysage scolaire en adoptant une politique appropriée. Ainsi, dans les années 70-80, comme ceux-ci coûtaient trop cher, l’Etat “a trouvé des tas d’arguments pédagogiques pour prôner leur abandon, en opposant d’un côté, le souci d’une pédagogie active et vivante et, de l’autre, le côté figé des manuels. »30



En ce qui concerne l’édition des ouvrages scientifiques, c’est un fait qu’ils sont édités en anglais et, sans l’aide appropriée, les auteurs scientifiques et éditeurs francophones ne peuvent pas mettre sur le marché des travaux originaux, voire même, traduits en français.





4.2 Pays en voie de développement

L’Etat prend totalement en charge ou subventionne partiellement l’édition des manuels scolaires. Des organismes extérieurs soucieux du développement durable proposent différentes formes d’aide à l’instar de l’Agence Internationale de la Francophonie (AIF).



Cet organisme soutient plusieurs pays (Bénin31, Congo32, Guinée33, Niger) pour assurer la production locale des manuels scolaires. Les aides concernent l’ensemble de la chaîne éditoriale: conception (rédaction, illustrations, réalisations techniques), impression/édition et diffusion.



Par ailleurs, dans les pays totalitaires, les éditeurs subissent des pressions politiques et doivent orienter le contenu des manuels en fonction des ordres donnés par l’Etat. De même, les ouvrages conçus dans des pays étrangers sont censurés avant leur mise en vente et leur utilisation effective en contexte scolaire par des agents de l’Etat.


5. Diffusion des manuels scolaires

Malgré la bonne volonté des pays de par le monde, il existe des difficultés pour assurer la distribution des manuels scolaires à l’ensemble de la population estudiantine car le coût de revient de ces ouvrages est lourd34.



5.1 Pays développés

Au Canada, les manuels scolaires approuvés par le Ministère de l’Education de chaque province sont inscrits sur la “Liste Trillium”. Les conseils scolaires de district, les écoles provinciales et les administrations scolaires sélectionnent les manuels et les achètent pour usage dans les établissements selon la LIP35.



En l’an 2000, en France, la répartition financière moyenne des coûts d’un manuel vendu 100 francs hors taxe (15,24 euros) sur l’ensemble de la chaîne de production est ainsi : auteurs/illustrateurs/droits divers:10F/1,52 euros, promotion:10F/1,52 euros, fabrication: 25F/3,81 euros, diffusion et distribution: 15 F/2,29 euros, librairie: 30F/5,57 euros, éditeur: 10F/1,52 euros)36. Le coût de fabrication est si élevé qu’en 2003, 39 millions de manuels scolaires sont vendus, et pourtant, un enfant sur 5 n’a pas les fournitures nécessaires pour accéder à la lecture.



En vérité, en ce qui concerne les manuels pour les collégiens, ceux-ci sont renouvelés quand les moyens financiers le permettent, engendrant une certaine inégalité entre établissements37. Par exemple, en 1996 et 1997, seulement 4 livres sur 7 ont pu être conformes aux nouveaux programmes pour les classes de 5e et 6e respectivement et être diffusés dans les établissements scolaires. En l’an 2000, des élèves de 3e dans un collège à Paris avaient un manuel d’instruction civique dans lequel le Président de la République française était François Mitterand38!


En revanche, le photocopillage39 facilite la diffusion rapide du contenu du manuel scolaire mais entraîne des pertes énormes pour les maisons d’édition. Toutefois, les jeunes préfèrent utiliser ce système moins coûteux mais, au fil du temps, ils perdent la culture du livre: ce dernier est de moins en moins prisé et valorisé40.



En outre, selon une enquête menée en France en mai 2003, 50% des enseignants estiment que leurs moyens financiers leur permettent d’acheter un nombre extrêmement limité d’ouvrages car les prix sont exorbitants. 41% évoquent la pénurie des livres et 36% la vétusté des manuels et justifient – par la même occasion - leur recours aux photocopies.


5.2. Pays en voie de développement

A cause des problèmes financiers propres à chaque pays en voie de développement, les conditions ne sont pas réunies pour organiser une logistique et une distribution infaillibles, particulièrement en milieu rural.



Les stratégies déclarées des Etats dans les années 90 pour améliorer la diffusion des manuels scolaires (décentralisation de la sélection et de la distribution; libéralisation économique en vue d’accorder une place prépondérante au secteur privé; pérennisation du système et récupération des coûts) ne sont toujours pas appliquées.



De même, lorsque plusieurs organismes de financement existent dans un seul pays, ils essaient de combiner leurs activités pour tendre vers l’efficience mais la mise en place de ce mécanisme est difficile. De plus en plus, il est question de favoriser l’émergence des industries nationales de l’édition qui connaîtraient mieux les besoins du pays et les réseaux locaux de distribution.



Comme le coût élevé des fournitures scolaires constitue une entrave importante à la scolarisation et la diffusion réelle et massive des manuels scolaires, les subventions se détournent des producteurs de matériel pédagogique depuis 1995 pour aller vers les utilisateurs des manuels scolaires. Ces mesures visent à enrayer la pénurie des matériels d’enseignement/ apprentissage pour l’éducation formelle dans les établissements scolaires et à augmenter le taux de fréquentation scolaire.



Chaque pays en voie de développement propose des aménagements en fonction du budget global dont il dispose. Certains Etats aident uniquement les plus défavorisés de la société. En Côte d’Ivoire, l’Etat propose un système de prêt gratuit des manuels scolaires pour la population scolarisée. Le Sénégal préconise la gratuité de tous les manuels scolaires et matériels de lecture prescrits au programme à tous les élèves. Le Lesotho subventionne environ 50 ouvrages scolaires et des guides d’enseignants au niveau primaire et les parents contribuent partiellement pour les manuels utilisés par leurs enfants à l’école. La Gambie offre des subsides partiels pour environ 50 titres au niveau primaire et au premier cycle du secondaire.



Au Mozambique, l’Etat partage les coûts avec d’autres organismes de financement. Le plan gouvernemental est pragmatique41 car il est basé sur les recettes disponibles annuellement pour déterminer si les manuels scolaires doivent être gratuits pour toute la population estudiantine ou concerner uniquement ceux qui en ont le plus besoin.




6. Choix des manuels scolaires au sein des institutions

Il existe plusieurs types de règlementations régissant la sélection des ressources didactiques, notamment des manuels scolaires, à l’intérieur des établissements scolaires. Les responsables de la sélection finale par niveau d’études peuvent être:


Pour rappel, la France est le premier pays européen à accorder ce choix aux enseignants. C’est par l’arrêté du 16 juin 1880 et par l’arrêté du 13 octobre 1881 que Jules Ferry autorise les professeurs d’école primaire et du secondaire respectivement à choisir librement et collectivement les manuels en contexte scolaire.



Dans les faits, les enseignants n’ont aucun critère objectif pour opérer la sélection. Généralement, ils procèdent par “sélection négative” ou par “conjonction de préférences”. La plupart du temps, ils choisissent des manuels conçus de manière traditionnelle pour convenir à leurs méthodes d’enseignement/apprentissage: cours magistraux, lectures, dictées, exercices structuraux…



Donc, le manuel scolaire agit comme un guide très prescriptif du déroulement de la leçon et/ou du programme de l’année puisque les enseignants sont centrés sur le contenu plutôt que sur les apprenants et leur processus d’apprentissage. Ils ne tiennent pas compte du niveau académique antérieur des apprenants et de leurs besoins réels.



Conclusion

Malgré la volonté de la majorité des pays, la crise du manuel scolaire est amenée à perdurer dans un contexte économique international difficile. Le développement d’un système fiable et durable pour la fabrication des manuels scolaires à un prix hyper compétitif tout en respectant le principe commercial de récupération des coûts est un idéal difficile à atteindre.



Dans un contexte pareil, la distribution effective des manuels scolaires au sein de la population dépend directement de la solidité de l’économie de l’Etat, du budget du ministère de l’éducation pour la prise en charge de toute la chaîne de fabrication des manuels scolaires; de la gestion effective des institutions et des canaux de distribution par un personnel compétent et bien rémunéré sur le terrain; et enfin, de la transparence à propos des frais d’utilisation. Tel n’est pas le cas dans la majorité des pays du monde contemporain.



En outre, les pays en voie de développement sont amenés à rester tributaires des soutiens extérieurs à la fois sur le plan financier et humain (expertise dans le domaine académique, pédagogique, didactique) et de la main d’oeuvre spécialisée.



Par ailleurs, dans les pays développés, le contrôle de l’Etat est indispensable afin de limiter l’écoulement effréné des manuels scolaires par les éditeurs et de déterminer avec précision leur durée de vie sur le marché. Les médias européens n’ont-ils pas suffisamment attiré l’attention du public sur le poids excessif des cartables des jeunes enfants et l’utilisation limitée des manuels en contexte scolaire?



Si les Etats mettent l’accent sur la démocratisation de l’éducation, le manuel scolaire ne devrait-il pas obéir à des principes pédagogiques valorisant l’accès vers le savoir? Cela ne relève-t-il pas des prérogatives des formateurs et universitaires de proposer de nouvelles fonctions au manuel scolaire? L’Etat ne doit-il pas insister sur le fait que le manuel scolaire doit être valorisé par les parents pour susciter ou maintenir l’intérêt de leurs enfants ?



A ce jour, il est étonnant de constater que si peu d’enseignants des pays développés soient centrés sur l’apprenant et la construction du savoir pour aider le jeune à développer ses capacités de raisonnement et de réflexion et le guider pour “apprendre à apprendre”.



Ainsi, au 21e siècle, le manuel scolaire a un rôle limitatif : être porteur d’information et refermer une somme de connaissances savantes non- actualisées régulièrement. Alors, dans un monde où “les savoirs évoluent à toute vitesse”, il paraît évident que la haute technologie ne fera pas une percée spectaculaire par le I-M@nuel pour soutenir les efforts d’alphabétisation et de lutte contre l’illettrisme et donner accès à un savoir non-obsolète dans un environnement de travail se composant d’un I-M@nuel, association du livre papier et d’un site web (Altman, 2000).




1 Ministère de l’Education de l’Ontario, Lignes directrices sur l’approbation des manuels scolaires, 2002, p 6.

2 Le Royaume de Belgique comprend une population d’environ 10 millions de personnes (58% de Flamands, 32% de Wallons, 3% d’Italiens et 1% de Marocains). L’histoire de la Belgique est marquée par les dissensions entre les communautés flamande (située dans les Flandres) et francophone (située dans la Wallonie-Bruxelles). Dans le passé, les Francophones avaient une supériorité économique, gérant les industries du charbon et de l’acier. La Constitution leur accorda aussi la gestion politique du pays. Toutefois, depuis 1980, la Belgique tend à se doter d’une structure plus fédérale pour gérer ce qui concerne l’intérêt général (sécurité, justice, finances, …). Chaque communauté française, flamande et germanophone a son propre Parlement et un exécutif. La question de la langue, de la culture et du système éducatif est gérée de manière autonome par chacun. Le médium d’enseignement est le néerlandais en Flandres et le français en Wallonie-Bruxelles. Les universités sont divisées en fonction de la langue d’enseignement. 5,2% du PIB concerne les dépenses de l’Education nationale. Pour rappel, il y a trois langues officielles : le néerlandais, l’allemand et le français. (1814 : rattachement aux Pays-Bas ; 1914–1918 : occupation allemande ; 1921 : formation de l’Union économique Belgo-Luxembourgeoise ; 1948 : Organisation du Benelux, union douanière avec le Luxembourg et les Pays-Bas).

3 Le Canada comprend une population d’environ 29,8 millions de personnes (40% de descendants britanniques, 27% de descendants français, 20% d’autres Européens, 4% d’Amérindiens et d’Inuits, 9% d’autres groupes). Les Québecois affirment avec force le caractère distinct de leur province afin de protéger leur langue et leur culture de l’influence anglo-saxonne. Toutefois, suite au référendum de 1995, les Québecois font le choix de rester au sein du Canada. Les langues officielles sont le français et l’anglais. En outre, depuis plus de 30 ans, le Canada accueille des émigrés et chacun est libre de préserver son identité culturelle. Quant aux autochtones, ils sont peu nombreux (50 000 Inuits, 213 000 métisses et 800 000 Amérindiens). C’est la population la plus défavorisée du Canada avec un taux d’échec scolaire et de criminalité plus élevé que la moyenne nationale. En 1999, suite à sept ans de revendications, les Inuits obtiennent gain de cause et la première région gouvernée par des autochtones (le Nunavut) est créée. Le Canada accorde une grande importance à l’éducation, 7,6% du PIB étant utilisé dans ce domaine (pourcentage le plus élevé sur le plan mondial). Les dix provinces du Canada gèrent leur système éducatif de manière autonome. Pour toutes les provinces, à l’exception du Québec francophone (où le français est la langue officielle depuis 1976), le médium d’enseignement est l’anglais. Cependant, le français et les langues des autres groupes linguistiques ne sont pas négligés.

4 La République française comporte une population d’environ 59 millions d’habitants (92% de Français regroupant des communautés linguistiques et culturelles diverses – Bretons, Normands, Flamands, Alsaciens, Savoyards, Provençaux, Basques, Corses, 3% de Nord-Africains, 2% d’Allemands, 2% d’autres groupes minoritaires). La langue officielle est le français et les dialectes sont de moins en moins pratiqués. La France regroupe aussi la plus grande communauté juive d’Europe après l’ex-URSS. La population venue des DOM-TOM tente tant bien que mal de s’intégrer à la communauté française métropolitaine. La France consacre 5,7% du PIB à l’éducation. Les institutions scolaires comprennent des écoles primaires, collèges, lycées et universités. Il existe aussi 150 grandes écoles, élitistes, qui permettent d’accéder aux plus hauts postes de l’administration et des professions libérales. Le médium d’enseignement est le français. Mais l’anglais est une langue importante pour les parents et demeure la seconde langue la plus étudiée en milieu scolaire. L’Etat français autorise l’enseignement/apprentissage d’un dialecte à raison d’une à deux heures à l’école primaire.

Loi d’orientation pour l’outre-mer ou loi 2000-1207 du 13 décembre 2000. Article 33 : « l’Etat et les collectivités locales encouragent le respect, la protection et le maintien des connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales fondées sur leur mode de vie traditionnels et qui contribuent à la conservation du milieu naturel et l’usage durable de la diversité biologique. »

Article 34 : « les langues régionales … bénéficient du renforcement des politiques en faveur des langues régionales afin d’en faciliter l’usage ».

5 Le recensement des éditions et des manuels scolaires sous la direction de Alain Choppin a donné naissance à une banque de données nommée « Emmanuelle ».

6 Cette somme s’élève à 65 millions de dollars.

7 Décret du 29 janvier 1890.

8 Décret no 85-269 du 25 février 1985.

9 Proposition de Loi No 1129, Assemblée nationale, 15/10/2003.

10 D’après l’UNESCO, plus de 30 millions d’enseignants devront être formés pour assurer l’éducation primaire universelle en 2015. La situation s’est aggravée encore plus à cause du VIH/SIDA. En Zambie, par exemple, en 2000, 815 professeurs d’école primaire sont décédés correspondant à 45% du nombre d’enseignants formés la même année.

11 L’Afrique du Sud, le Brésil, le Bangladesh, le Chili, l’Egypte, le Sénégal et le Sri Lanka développent une politique du livre sur le plan national et s’attardent particulièrement sur le cas des écoles les moins performantes.

12 Le Groupe de travail sur les livres et le matériel éducatif a publié les résultats de son étude dans un ouvrage intitulé Le Gestion de la publication de matériel éducatif en Afrique.

13 La République du Mali comprend une population d’environ 11 millions d’habitants. Les Bambaras constituent la communauté ethnique dominante sur le plan politique. Ils parlent la lingua franca du fleuve Niger, qui est aussi la langue des Malinkés et d’autres groupes ethniques minoritaires tels que les Peuls et les Maures. Les relations entre Bambaras, Malinkés et Touaregs du nord du Sahara sont souvent tendues. La langue officielle est le français (colonisation française de 1857 à 1960). Les autres langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : bambara, fulani, senoufo, soninké et français. Le Mali reçoit environ 360 millions de dollars sous forme d’aides extérieures essentiellement de la Chine, des Etats-Unis, de la France et des pays arabes. Le système éducatif est inspiré du modèle français. Depuis une vingtaine d’années, l’Etat mène des projets éducatifs afin d’atteindre les masses et accorde une place à l’éducation bilingue.

14 La République démocratique de Madagascar comprend une population d’environ 15 millions d’habitants (d’origine malo-indonésienne et africaine). Les langues officielles sont le français (colonie française de 1896 à 1960) et le malgache standard. Chaque région a un parler particulier. Le médium d’enseignement est le malgache standard dans les écoles publiques mais le français demeure la langue d’enseignement dans les écoles privées. Le pays reçoit environ 370 millions de dollars sous forme d’aides de la France, de l’Union Européenne et de la Banque Mondiale.

15 TIC: Technologie de l’Information et de la Communication.

16 La République unie de Tanzanie comprend environ 30 millions d’habitants (120 groupes ethniques bantous et des minorités arabe, asiatique et européenne). Les langues officielles sont l’anglais et le swahili (langue véhiculaire). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : swahili, sukuma, chaga, nyamouézi, hehe, makondé, yao, sandawe et anglais. La Tanzanie dépend de l’aide internationale pour soutenir son économie (environ 949 millions de dollars).

17 La République fédérale du Nigeria est le pays le plus peuplé du continent africain avec environ 95 millions d’habitants (21% de Yoribas, 21% de Haoussas, 18% d’Ibos, 11% de Fulanis, 29% d’autres groupes ethniques). La langue officielle est l’anglais (contrôle britannique en 1900). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont: haoussa, anglais créole, yorouba, ibo et anglais. Il existe des rivalités fortes entre les trois groupes majoritaires et les 245 groupes minoritaires du pays. Le Nigeria perçoit des aides internationales pour soutenir son économie (environ 284 millions de dollars).

18 La République du Rwanda a environ 8 millions d’habitants (85% de Hutus, 14% de Tutsis, 1% de pygmées twas). Les langues officielles sont le français (14e siècle : arrivée des Hutus, 15e siècle : arrivée des Tutsis, 1890 : arrivée des colons allemands ; de 1923 à 1962 : arrivée des colons belges) et le kinyarwanda. Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : kinyarwanda, français et swahili. Il existe des rivalités fortes entre les deux groupes majoritaires du pays. Environ 500 000 Tutsis ont été victimes de massacres ethniques. Le Rwanda perçoit des aides internationales pour soutenir son économie (environ 351 millions de dollars). Seulement 6% de la population scolarisée au niveau primaire poursuit des études au niveau secondaire.

19 La République du Burundi a environ 6,6 millions d’habitants (85% de Hutus, 14% de Tutsis, 1% de pygmées twas). Les langues officielles sont le français (16e siècle : règne de la minorité Tutsi sur la majorité Hutu, 1884 : colonie allemande ; de 1916 à 1962 : colonie belge) et le kirundi. Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : kirundi, français et swahili. Des rivalités interethniques fortes existent entre les groupes majoritaires . Le Burundi perçoit des aides internationales pour soutenir son économie (environ 253 millions de dollars). L’enseignement secondaire est facultatif.

20 La République du Sénégal a 8,5 millions d’habitants (la communauté de Dakar est majoritairement de souche ouolof, les Toucouleurs habitent sur les bords du fleuve Sénégal, les Malinkés sont dans la partie est, les Dialos sont en Casamance). La langue officielle est le français (colonisation française de 1890 à 1958). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : ouolof, fulani, serer, diola, malinké, soninké, arabe et français. Le Sénégal est l’un des pays du continent africain recevant le plus d’aides internationales (environ 508 millions de dollars). L’enseignement, particulièrement la lutte contre l’analphabétisme, est une priorité de l’Etat.

21 La République du Zaïre a environ 45,2 millions d’habitants avec 12 communautés principales et 500 autres groupes (les communautés bantoue, hamitique, nilotique, les pygmées binga). La langue officielle est le français (colonie belge de 1908 à 1960). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : kisouahéhi, tchilouba, kikongo, lingala et français. Le Zaïre reçoit beaucoup d’aides internationales (environ 823 millions de dollars). L’enseignement souffre à cause de réductions budgétaires depuis 1980. Environ 70% des écoles sont gérées par l’Eglise catholique.

22 Jacques Champion, Langage et Pédagogie en France et en Afrique, Editions Anthropos, Paris, 1986.

23 La République du Niger comprend 9,4 millions d’habitants (56% de Haoussa, 22% de Djerma, 9% de Fulani, 8% de Touaregs, 5% d’autres groupes). La langue officielle est le français (colonisation progressive française de 1830 à 1956). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : haoussa, djerma, fulani, touareg, teda et français. Le Niger reçoit des aides internationales (environ 347 millions de dollars) pour assurer le développement économique du pays. Malgré l’utilisation des langues locales, le taux de scolarisation est d’environ 30% uniquement.

24 La République du Togo comprend 4,4 millions d’habitants (groupes majoritaires : les Kabyés au nord et les Ewés au sud ; groupes minoritaires : les Minas et les Nana Benz). Les langues officielles sont le français (colonisation française de 1914 à 1960), l’éwé et le kabyé. Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : ewé, kabyé, gurma et français. Le Niger reçoit des aides internationales (environ 101 millions de dollars) des Etats Unis et de l’Union Européenne. Le système éducatif est inspiré du modèle français.

25 La République de Côte D’Ivoire comprend 14,7 millions d’habitants avec environ 60 groupes ethniques (les Baoulés au centre du pays, les Agnis à l’est, les Sénoufos au nord, les Dioulas au nord-ouest et à l’ouest, les Bétés au centre-ouest, les Dan Yacoubas à l’Ouest, les Krus et les Mandés au sud-ouest). La langue officielle est le français (colonisation française progressive de 1842 à 1960). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : akran, français, krou et voltaic. Le pays reçoit des aides internationales particulièrement de la France (environ 633 millions de dollars) et vient même en aide aux pays africains. Cependant, l’Etat a réduit les dépenses de l’Education nationale.

26 La République du Cameroun comprend 13,6 millions d’habitants avec 230 groupes ethniques dont les Bamilékés, les Fulanis et les Boulous-Betis. Les langues officielles sont le français et l’anglais (colonisation française et anglaise de 1911 à 1960). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : fang, boulou, yaoundé, douala, mbum, fulani, pidgin-english, français et anglais. Le pays reçoit des aides internationales (environ 547 millions de dollars) essentiellement de la France. Malgré l’utilisation des langues locales, le système éducatif connaît de grandes difficultés.

27 Jacques Champion, Langage et Pédagogie en France et en Afrique, Editions Anthropos, Paris, 1986

28 La politique de la province de l’Ontario est d’améliorer la qualité de l’éducation et des pratiques d’enseignement/apprentissage. Aussi, tous les manuels scolaires sont évalués : ceux qui sont en langue française par le « Centre de leadership en éducation » et ceux en langue anglaise par « l’Ontario Curriculum Clearinghouse ». En 1998-1999, la province fait l’acquisition de plus de 4 000 000 de manuels qui appuient le nouveau curriculum au niveau élémentaire. Pour ce faire, le montant consacré à l’achat des manuels est doublé.

29 Le chiffre d’affaires des éditeurs par rapport aux manuels scolaires s’élève en l’an 2000 à 1,56 milliards de francs : secteur préscolaire et primaire – 409,9 milliers de francs ; secteur secondaire – 879,4 milliers de francs ; secteur technique et commercial – 275,6 milliers de francs.

30 La Libre, 2004.

31 La République du Bénin comprend 5,6 millions d’habitants avec plusieurs groupes ethniques. La langue officielle est le français (protectorat français en 1892, colonie française de 1895 à 1960). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont :fon, bariba, yorouba, adla, houeda, somba et français. Le pays dépend des aides internationales (environ 267 millions de dollars) essentiellement de la France depuis son indépendance en 1960. Le budget de l’éducation est élevé, connu comme le « Quartier latin de l’Afrique ». L’Université d’Abomey-Calavi est reconnu pour avoir un bon niveau.

32 La République du Congo comprend 2,6 millions d’habitants (48% de Bakongos, 20% de Sanghas, 17% de Tékés, 12% de Mbochis et 3% d’autres ethnies. La langue officielle est le français (colonie française de 1891 à 1960). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : kongo, téké, lingala et français. Le pays reçoit des aides internationales (environ 129 millions de dollars) essentiellement de la France. Le système éducatif connaît de grandes difficultés.

33 La République de Guinée comprend 6,5 millions d’habitants (32% de Malinkés, 30% de Fulanis, 18% de Soussous, 18% de Forests, 2% d’autres groupes). La langue officielle est le français (colonie française de 1889 à 1958). Les langues parlées en ordre décroissant d’importance sont : fulani, malinké, soussou et français. Le pays reçoit des aides internationales (environ 371 millions de dollars) essentiellement des pays occidentaux. Après une période de décolonisation du système éducatif par Sékou Touré (de 1958 à 1984), le français est introduit de nouveau comme médium d’enseignement.

34 Budget annuel moyen pour les manuels scolaires en franc et par tête

PAYSAu niveau primaireAu collège Italie174640Espagne464620Pays Bas180467Norvège136297Allemagne95207Etats-Unis128176Royaume Uni67169France67136

35 LIP - Loi sur l’Instruction publique, art. 7, art. 230; Régime pédagogique, art.21.

36 Chiffres émanant de l’Association Savoir-Livre, association fondée par les éditeurs scolaires (Belin, Bordas, Hachette, Hatier, Magnard, Nathan). L’association répartit les dépenses de la sorte :

ETAPESJUSTIFICATION%DiffusionCanal de vente, librairies ou grossistes.30%EditeurFrais d’édition, réseaux commerciaux et pédagogiques, frais généraux, impôts, marge.20%Prix de revientPhotocomposition, photogravure, imprimerie.18%PromotionSpécimens.12%DistributionStockage, facturation, livraison.8,5%Droits d’auteurMesure institutionnelle légale.6%TVATaxes.5,5,%

37 Le type de financement varie selon les régions pour la fourniture en manuels scolaires. Les Régions Centre, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Ile-de-France fournissent les manuels scolaires directement aux établissements. Le Conseil Régional de Haute-Normandie procure une aide financière aux familles pour l’achat de manuels.

Certaines régions telles que la Région Centre (1998), la Haute-Normandie (1999), la Provence-Alpes-Côte d’Azur (2000) et l’Ile-de-France (2001) financent les manuels pour les lycéens. Le Conseil Régional de Haute-Normandie offre une carte à puce d’un montant de 38 ou 53 euros aux lycéens. Ces derniers peuvent les utiliser dans les librairies ayant passé une convention avec la Région.

Une enquête menée sur le financement des manuels scolaires par l’Etat et les retombées sur les librairies démontre que cela a une répercussion immédiate, positive ou négative, sur le chiffre d’affaires total de l’édition. 50% de libraires en Ile-de-France et 54% en Région Centre ont connu une baisse de leur chiffre d’affaires entre 2000 et 2001 tandis que 80% en Haute-Normandie accusent une hausse pour la même période. (Le Syndicat national de l’édition indique le chiffre d’affaires en ordre décroissant par catégories  de livres : littérature, livres pratiques, livres de jeunesse, dictionnaires, encyclopédies, manuels scolaires).

38 Né en 1916 et décédé en 1996. Elu Président de la République en mai 1981. Réélu en 1988. Fin de son mandat en 1995.

A titre comparatif, un acheteur peut acquérir, pour 16,76 euros, un roman de 240 pages en noir et blanc, sans illustration aucune et pour le même prix, il peut aussi acheter un manuel d’histoire de 3e, grand format, 320 pages, avec illustrations et cartes en couleurs.

39 DR. Action de photocopier un ouvrage, partiellement ou en totalité. (C’est un délit.) Le Petit Larousse illustré, 2000.

40 Les manuels d’exercices (combinaison « livre-cahier ») ne permettent pas non plus à un enfant de mesurer la valeur réelle d’un ouvrage imprimé.

41 Selon Carew Treffgarne, chef d’équipe du Groupe de travail de l’ADEA sur les livres et le matériel éducatif, « A l’origine, le Caixa Escolar (fonds scolaire) a été créé pour relever le taux d’inscription et de fréquentation scolaire en fournissant du matériel d’enseignement en fonction des besoins et de la disponibilité des ressources.»

42 Article 96.15 de la Loi sur l’instruction publique (LIP).



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