Dr Bruno Cunniah, Responsable du Département de French Studies


LA CYBERFRANCOPHONIE

Vers un partage des ressources

 

Distingués invités

Mesdames et messieurs,

 

            Avant de commencer, je voudrais vous souhaiter la bienvenue au nom du Département de French Studies, vous qui avez souhaité célébrer la journée de la Francophonie à l’Université de Maurice. En effet, sachez que mes collègues et moi-même sommes passionnés par le thème d’aujourd’hui qui est la cyber-formation qui regroupe aussi bien, l’E-Formation que l’E-Apprentissage. Notre Département considère la cyber-formation comme un secteur d’avenir et nous nous battons pour que les technologies de l’information et de la communication soient maîtrisées dans le but d’en faire profiter nos étudiants. Cela va faire déjà quelques années que sous l’impulsion de quelques visionnaires, notamment, le Prof. I. Fagoonee que l’Université de Maurice s’est investie lourdement pour promouvoir les technologies de l’information et de la communication (TIC). Aujourd’hui, nous avons sur le campus le VCILT et dans une autre mesure, le CITS qui abattent un énorme travail en intégrant les nouvelles technologies éducatives (NTE) dans les pratiques pédagogiques. Les résultats sont :

 

  1. Une vulgarisation des techniques relatives à la maîtrise des technologies de l’internet telles que le courriel, les fichiers HTML ou XML et les forums. Sur le plan pratique, l’étudiant se retrouve devant une masse d’information, ce qui l’aide à mieux saisir le contenu du cours dans lequel il est inscrit.
  2. La création de cursus en ligne qui s’intègre dans un dispositif d’enseignement mixte.
  3. L’accessibilité à des contenus électroniques pédagogiques grâce à des infothèques. Récemment, le Département de French Studies a intégré le Projet MUSE, ce qui lui donne un accès illimité à une multitude de revues académiques.

 

Ceci ne constitue qu’un exemple de notre intérêt toujours croissant dans les technologies de l’information et de la communication (TIC). Il est à noter que nous n’en sommes qu’aux fondations d’un édifice cybernétique qui, nous l’espérons, permettra dans un futur proche d’atteindre certains objectifs que nous tenons à cœur :

 

  1. Le développement d’un contenu de qualité dont l’objectif est l’amélioration de la qualité de l’éducation et de la formation.
  2. L’accès inconditionnel à une cyber-formation de qualité qui aide à la création, l’accumulation, la préservation et  la dissémination du savoir.
  3. La création de communautés apprenantes dont le but en favorisant le dialogue entre les éducateurs, est d’améliorer le dialogue interculturel.
  4. La promotion de la recherche et de l’adoption de meilleures pratiques éducatives de même que le développement de ressources relatives à une variété de cursus.

 

Quand en 1880, le géographe français, Onésime Reclus invente le terme « Francophonie », il va de soi qu’il est bien loin d’imaginer les implications qu’aura ce mot deux siècles plus tard. Si, à l’époque, ce terme définit l’ensemble des personnes et des pays qui utilise le français dans le monde, aujourd’hui, ce sont des machines qui bien que guidées par l’homme, vont s’exprimer dans cette langue si chère à Molière. En 2005, on peut, à coup sûr, parler de cyber-francophonie, un mouvement qui n’a d’autre choix que de réussir si les 50 états et gouvernements rassemblés autour de cette langue qui leur est commune veulent exister sur l’échelon mondial. Car, ce serait une grande erreur de se voiler la face quand il s’agit d’examiner la relation qui peut exister entre deux termes qui souvent, n’ont rien eu en commun : les TIC et la Francophonie. En effet, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont et sont toujours une menace pour la langue française. Pendant des années, les technologies liées au monde de l’internet et de la cyber-formation ont pu être perçues comme conduisant à l’hégémonie d’une langue sur une autre. Si la France a tardé à réagir, le Québec a été l’un des premiers lieux francophones à se jeter corps et âme dans la bataille. L’approche québécoise qui est totalement soutenue par les provinces anglophones vise l’adoption et l’application des standards relatifs aux nouvelles technologies éducatives (NTE) dans une perspective qui se veut originale et qui favorise la coopération internationale.

 

 Aujourd’hui, l’objectif de l’approche québécoise est sur la même longueur d’onde que le thème abordé en cette journée de la Francophonie qui est la transformation des pratiques pédagogiques et des ressources éducatives en fonds pour la création d’un héritage culturel. Les gouvernements et les institutions ne doivent pas uniquement promouvoir le développement de ressources éducatives pour l’enseignement et l’apprentissage mais ils doivent aussi s’assurer que ces ressources seront accessibles, durables et réutilisables. En d’autres termes, les communautés apprenantes de même que les éducateurs doivent être capables d’adapter l’information pour leurs propres besoins, indépendamment de l’environnement technologique dans lequel ils se trouvent. C’est seulement dans cette perspective que les ressources pédagogiques et éducatives par le biais des technologies de l’information et de la communication (TIC) pourront constituer ce fond à travers lequel nous verrons l’élaboration d’un héritage éducatif qui sera enrichi par tout un chacun à travers la francophonie. En pratique, nous nous retrouvons avec un système qui œuvre pour l’inclusion en favorisant le respect de la diversité. Ainsi, une forme de dialogue est établie et la créativité au niveau des formes de communication et des pratiques pédagogiques est encouragée. Il est à noter que cette stratégie est viable aussi bien dans le court que dans le long terme. Cette dimension est particulièrement importante car un système éducatif incorporant l’utilisation des TIC se doit d’être efficace notamment vis-à-vis des exigences économiques.

 

      Un autre aspect important à considérer lors de l’élaboration de stratégies pour un cyber-francophonie est le fait que les ressources digitales ne doivent pas être considérées uniquement comme des outils utiles à l’E-Formation et à l’E-Apprentissage. Les enseignants doivent pouvoir se servir des ressources en question dans le but d’enrichir leurs pratiques pédagogiques. En sus de cela, ils doivent être capables de s’en servir pour donner à leurs étudiants des activités éducatives en tant que complément à l’instruction traditionnelle. En 2005, l’utilisation des ressources digitales dans des pratiques éducatives de haute facture toujours réactualisées est un fait établi. Un nombre croissant d’instructeurs cherche des moyens d’améliorer leur enseignement en utilisant les nouvelles technologies éducatives (NTE). Le résultat est que la qualité de l’enseignement se trouve grandement amélioré de même que le niveau scolaire des étudiants, des objectifs qui sont particulièrement sensibles à tous les niveaux. Le monde virtuel voit de plus en plus de ressources en français chaque jour qui passe et le besoin de les organiser dans un système d’héritage culturel est impératif. Graduellement, nous assistons à l’émergence de banques de données et à la construction de sites spécialisés dont le but est de toucher un maximum de personnes. Ces diverses initiatives conduisent à des bancs d’essais en temps réels en ce qui concerne l’application de standards. En effet, une problématique qui était jadis l’apanage de chercheurs et d’experts est, aujourd’hui, devenue une réalité.

 

      L’objectif lié à la diffusion et à la dissémination des contenus numériques par le biais des TIC prend une tout autre dimension dans le monde de la francophonie. En effet, l’adoption de certains standards ouvre un monde de possibilités par rapport au partage et à l’échange aussi bien pour les pays déjà très engagés dans le développement de contenu multimédia pour l’éducation que pour les pays émergeants. Néanmoins, certains écueils demeurent tels que le coût relativement élevé des TIC ou la durée de vie de ces technologies en question. Mais le pire demeure que dans certains cas, les TIC ont tendance à accentuer des fractures sociétales en raison du déséquilibre économique entre les pays du Nord et les pays du Sud. Pour empêcher la création d’un tel fossé, il est impératif que les agences tels que l’AUF ou l’UNESCO trouvent des solutions au nom de la circulation des savoirs au service d’une intelligence collective.

 

Voilà précisément pourquoi la Francophonie doit prendre la place qui lui revient dans cette société de l’information. La Francophonie ne peut se contenter d’avoir une attitude passive mais doit plutôt se placer en tant que membre actif déterminé à participer au futur de la nouvelle société. Ce n’est qu’à ce prix que les valeurs et les intérêts qui sont spécifiques aux 50 états et gouvernements rassemblés autour d’une langue qui leur est propre, seront pris en considération. D’ailleurs, c’est justement ce qui s’est passé à Hanoi en 1997, lors du 7ème Sommet de la Francophonie où un plan d’action a été accepté. Cela a conduit à la création d’un «Fonds Francophone des Inforoutes». Cependant, n’oublions pas, pour autant, la création de TV5 en 1984 qui passe parfois pour le premier pas vers la réalisation d’une communauté francophone mondiale. Aujourd’hui, les  nouveaux objectifs de la Francophonie relatifs aux TIC sont clairs. D’ailleurs, la meilleure preuve de la détermination de la Francophonie pour élaborer une stratégie de collaboration, n’est-ce pas votre présence dans cet amphithéâtre, ce matin ?