Mon intervention se ferait sur le "Joke" à Maurice

 

Plus condensé qu'une simple sirandane, beaucoup plus court qu'un haïku" japonais, plus ramassé qu'une blague, le joke mauricien est tel une fusée du langage. Il part sans prévenir, impromptu mais toujours pertinent, et si les conditions s'y prêtent, dans une ambiance propice, il se fera multiple, réciproque et jubilatoire, finissant toujours en véritable apothéose, feu d'artifice verbal. Souvent duel, il constitue une sorte de joute lexicale, maîtrise, mais surtout pas contrôle, dérapage linguistique faussement inconséquent. Le Mauricien a su pousser cet art à sa perfection, assumant pleinement la part de lapsus lingue inhérente à cette virtuosité spontanée, voilà le véritable degré zéro de l'écriture, la perle rare, le noyau dur du poème, son point de non-retour, le B  A Ba de la littérature mondiale, considéré comme un chef-d'oeuvre ... tout court. Le joke fuse à satiété et témoigne d'un vrai plaisir pour la langue, sa langue, le créole, construction identitaire, refuge ultime d'une joie partagée, minimalisme de la malice, ... sans jeu de mots, le joke, réhabilité pour toujours dans sa lettre de noblesse en tant qu'élément primordial et quintessentiel (mais si mais si!) d'une littérature irréductible et à jamais en devenir, repaire ultime d'une liberté condensée à l'extrême, mais jamais totalement anihilée.

 

Emmanuel Richon